Perspectives

La société civile francophone se mobilise contre la marchandisation de l’éducation

Par Luc Allaire
Le 1 novembre 2017

La dernière décennie a été marquée par une croissance sans précédent des écoles privées, notamment dans les pays à faibles revenus. Cette croissance est si importante qu’elle est sur le point de transformer en profondeur des systèmes éducatifs très fragiles.

De nombreux investisseurs, comprenant des entreprises multinationales, s’impliquent dans le marché jugé très lucratif de l’éducation en proposant des services à bas coût, de mauvaise qualité et visant les populations pauvres, et en ne respectant pas la réglementation des États. La croissance de ces acteurs privés est particulièrement marquée aux ordres d’éducation primaire et secondaire, là où les injustices sociales se creusent.

Cette tendance a été dénoncée par l’ONU et par la Commission africaine des droits de l’homme.

En 2016, un réseau francophone contre la marchandisation de l’éducation s’est constitué, regroupant des ONG, des syndicats de l’éducation, des organisations communautaires et des chercheurs.

L’objectif principal de ce réseau est de non seulement promouvoir la réflexion et le débat sur cette question, mais aussi de favoriser la mobilisation contre la marchandisation de l’éducation afin que les systèmes éducatifs parviennent à faire du droit à une éducation de qualité une réalité pour toutes et tous, et que la présence d’acteurs privés ne remette pas en cause ce droit fondamental.

En mars 2016, le réseau francophone a organisé à Paris, au siège de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), un séminaire fondateur sur le sujet. Au cours de cette réunion, le Comité syndical francophone de l’éducation et de la formation (CSFEF) a présenté les faits saillants d’un sondage réalisé auprès de 30 syndicats francophones.

Points saillants du sondage du CSFEF

  • La privatisation est implantée dans tous les pays, sous des formes variées, du préprimaire à l’université.
  • Le plus souvent, elle est le résultat des carences du secteur public.
  • La quasi-totalité des syndicats sont inquiets de l’effet de la persistance de l’éducation privée, car celle-ci est vue comme un frein à la scolarisation universelle.
  • Les États font preuve d’une grande tolérance à l’égard de l’éducation privée.
  • Bon nombre d’entre eux la soutiennent financièrement.
  • Les risques de ségrégation sociale, ethnique et religieuse sont préoccupants.
  • De nombreux syndicats africains signalent des écoles chères pour les riches et des écoles à bas coûts pour les pauvres.
  • Les écoles privées sont presque partout des zones de non-droit pour le personnel : c’est l’arbitraire qui prévaut et quiconque revendique risque le licenciement.

Ce séminaire fondateur a aussi permis de discuter de la première ébauche de l’Appel de la société civile francophone contre la marchandisation de l’éducation. Celui-ci a été lancé en novembre 2016, avec le soutien de 302 organisations originaires de 38 pays.

Cet appel a été entendu par les chefs d’État et de gouvernement lors du Sommet de la Francophonie, qui s’est tenu à Madagascar en novembre 2016. En effet, l’éducation s’est taillé une place de choix dans la déclaration qui a été adoptée lors de ce sommet. Plusieurs paragraphes font écho aux revendications exprimées dans l’Appel, dont l’importance d’avoir des enseignantes et enseignants qualifiés pour une éducation de qualité, l’attachement à l’éducation publique et le contrôle renforcé du secteur éducatif privé. Les chefs d’État et de gouvernement ont aussi manifesté leur inquiétude face à la prolifération des écoles privées.

La mobilisation continue

Le Réseau francophone organisera en octobre 2017, à Dakar au Sénégal, une Rencontre francophone sur la privatisation et la marchandisation de l’éducation qui sera l’occasion pour les acteurs impliqués dans la réalisation et la défense du droit à l’éducation (représentants des États, des organisations internationales, des syndicats de l’éducation, des ONG, des chercheurs) de se réunir pour discuter des défis actuels que pose l’accroissement sans précédent des acteurs privés dans l’éducation et de développer une réponse en phase avec les valeurs des sociétés de la Francophonie, lesquelles se nourrissent d’une importante histoire et culture de services publics forts servant de base à l’intégration et au développement.

Luc Allaire est le secrétaire général du Comité syndical francophone de l’éducation et de la formation.

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