Perspectives

Les délégués et déléguées à l'AGA de la FCE discutent de l'éducation comme bien public

Par Calvin Fraser
Le 4 octobre 2012

Les personnes réunies à Halifax pour l’AGA de la FCE ont discuté de l’éducation comme bien public. On peut tenir pour acquis qu’elles ont amorcé la discussion en ayant les convictions suivantes :

  • Toute la société profite de l’éducation publique;
  • Tous les élèves ont le droit de bénéficier du soutien sans réserve d’un système d’éducation publique.

Même si elles ont fait état de courants troublants d’un océan à l’autre, de tendances négatives, de pressions et de préoccupations en matière de sensibilisation, les personnes déléguées maintiennent une conception positive et forte de l’éducation.

 

Tendances et pressions

Les participants et participantes ont parlé des tendances suivantes :

  • Corporatisme croissant : Les entreprises privées fournissent de plus en plus de biens, de services et de programmes aux écoles.
  • Isolement grandissant du personnel enseignant : Les changements qui touchent l’éducation sont ignorés par les médias; les gouvernements et les conseils et commissions scolaires ne parlent pas des membres du personnel enseignant et de leurs organisations en tant que partenaires dans l’atteinte d’objectifs communs, préférant dire « ils» ou « elles ». On s’occupe davantage des désirs des « parties intéressées » en éducation (parents, entreprises, fournisseurs, entreprises spécialisées dans le testage, etc.) que de la voix des spécialistes d’expérience, c’est-à-dire les membres du personnel enseignant.
  • Nouveaux moteurs du processus décisionnel en éducation : Premièrement, on s’éloigne des priorités éducatives pour se rapprocher d’une démarche commerciale qui est liée à la réduction des couts plutôt qu’à l’atteinte de résultats éducationnels désirés. À certains endroits, on préfère la maitrise en administration des affaires à la maitrise en éducation, des théoriciens de droite dominent de nombreux conseils et commissions scolaires, la technologie est vue par beaucoup de gens comme une façon de réduire le temps de contact enseignant-élève et la sous-traitance est monnaie courante. Deuxièmement, certains programmes reçoivent davantage d’attention (p. ex. sciences) que d’autres (p. ex. arts) en grande partie à cause des systèmes de testage. Troisièmement, la dette publique sert à justifier la réduction des couts aux dépens des besoins des programmes. Les comparaisons avec d’autres endroits (p. ex. la Finlande) et l’esprit de compétition l’emportent sur la diversité des besoins et intérêts des élèves. La concurrence avec d’autres secteurs de la société (notamment les soins de santé et les services aux personnes ainées) pour des ressources réduites politise davantage la prise de décisions.
  • Respect affaibli pour le bien collectif : Certains élèves se voient offrir des possibilités tandis que d’autres se les voient refuser en raison des couts, de l’affectation inégale des ressources, etc.
  • Fausse croyance à l’égard des technologies : Des affirmations non étayées par la recherche mais conformes aux quatre tendances susmentionnées donnent lieu à l’utilisation de la technologie comme une fin en soi plutôt qu’en raison d’une réelle valeur éducative.

Sensibilisation

Les déléguées et délégués à l’AGA se voient comme un groupe averti. Ils considèrent que même si bon nombre d’enseignantes et d’enseignants sont conscients des préoccupations susmentionnées et se rendent compte que d’autres membres de la profession ont l’impression que l’éducation publique et le rôle de l’enseignant font l’objet d’attaques, il existe un manque général de sensibilisation à la profondeur des racines de ces attaques. À leur avis, les enseignantes et enseignants ne savent pas exactement qui cherche à en bénéficier ni ce qu’il en coutera aux élèves, au personnel enseignant, etc.

Les déléguées et délégués ont déclaré que les méthodes traditionnelles axées sur la main-d’œuvre servant à répondre aux tendances et aux préoccupations ne fonctionnent plus. La population ne comprend pas les messages envoyés par les fédérations de l’enseignement, et les enseignantes et enseignants ne se sentent pas assez solidement unifiés. Les déléguées et délégués ont indiqué qu’une partie de la solution réside dans une meilleure utilisation des médias sociaux, mais ils ont insisté sur le besoin de créer des liens. Une personne a même fait remarquer que la FCE doit être vue en tant que « nous » et non en tant que « ils ». Les organisations de l’enseignement doivent tenir le haut du pavé et se demander comment d’autres organisations comme l’Institut Fraser et l’Atlantic Institute for Market Studies (AIMS) (institut de l’Atlantique pour les études de marché) peuvent prétendre y accéder. Les déléguées et délégués ont fait observer que des rapports d’autres secteurs comme le récent rapport Duxbury sur la vie professionnelle à la GRC ont beaucoup de valeur pour nous aussi.

Une perspective positive

Les personnes déléguées ont envisagé un terrain d’entente possible avec de nombreux alliés et alliées éventuels, et ont incité la FCE et ses organisations Membres à chercher des points communs et à créer des alliances avec 1) des groupes publics, y compris des organisations communautaires, des entreprises, des établissements d’enseignement postsecondaire, des ONG, des groupes artistiques et culturels et le grand mouvement syndical; 2) des intervenants et intervenantes du milieu de l’éducation, par exemple des enseignantes et enseignants d’expérience, des conseils et commissions scolaires, des conseillers et conseillères scolaires, des surintendants et surintendantes, et des gouvernements; 3) des parents et des élèves (l’utilisation de la voix des élèves a été encouragée).

La partie peut-être la plus frappante de la discussion a été la reconnaissance du fait qu’il vaut la peine de lutter pour l’éducation comme bien public quels que soient les difficultés et les obstacles à surmonter. Un grand nombre des suggestions formulées (p. ex. s’associer avec des conseils et commissions scolaires) peuvent sembler improbables à première vue, mais en vérité, même si une alliance n’est possible qu’à l’égard de quelques questions d’intérêt commun, elle demeure souhaitable et est susceptible d’offrir un terrain solide pour continuer de progresser.

Calvin Fraser est le secrétaire général de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants.

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