Perspectives

La Pédagogie à l'école de langue française : une définition basée sur les défis du contexte linguistique minoritaire

Par Gilberte Godin et Ronald Boudreau
Le 4 octobre 2012

La FCE a entrepris un projet d’envergure qui consiste à définir ce en quoi consiste la pédagogie adaptée au contexte minoritaire des écoles de langue française au Canada. Cette définition doit évidemment tenir compte non seulement du milieu de vie des élèves, mais aussi des ambitions d’épanouissement de la communauté francophone. Cet article est le premier d’une série qui vise à présenter les divers concepts qui gravitent autour de cette définition.

Cette initiative en pédagogie à l’école de langue française (la PELF) s’est amorcée il y a déjà deux ans. Au cours de cette période de grande consultation auprès de divers comités représentant le corps enseignant de tous les coins du pays en contexte francophone minoritaire, une définition a vu le jour. Elle tient compte des besoins réels et s’articule par des concepts clés soutenus par la recherche. Ces concepts revêtent un caractère actuel grâce aux technologies et à la créativité de plusieurs partenaires puisqu’ils sont incarnés par des « moments pédagogiques » captés sur bandes vidéos mettant en vedette de véritables élèves et de véritables enseignantes et enseignants.

Afin de mettre la table et de retracer la petite histoire de chacun de ces concepts et de présenter le lien qu’ils ont avec le mandat du développement langagier et culturel propre aux écoles de langue française au Canada, ce premier d’une série d’articles brosse un portrait de ce qu’est la PELF.

La PELF repose sur le principe que le contexte linguistique et culturel où vivent les élèves a un impact considérable sur leur développement langagier. Notamment, le contexte linguistique et culturel aurait des répercussions sur le rendement scolaire des élèves, sur la façon qu’ils définissent leur identité linguistique et culturelle et sur leur engagement identitaire et communautaire.

La responsabilité d’agir sur ce contexte qui conditionne la vie des élèves ne peut être reléguée uniquement à l’école. D’autres instances comme la communauté, les institutions, les organismes francophones, le gouvernement ont tous un rôle à jouer pour que les communautés francophones jouissent de ce que Landry, Allard et Deveau (2010) nomment l’autonomie culturelle.

Si l’école ne peut porter tout le poids de cette quête d’autonomie culturelle, elle se retrouve, en prolongement de la famille, au cœur de la socialisation langagière des élèves. Effectivement, le nombre important d’heures que l’élève passe à l’école chaque jour impute un rôle de premier plan aux enseignantes et enseignants au niveau du développement langagier et identitaire des élèves.

Les efforts que l’école de langue française déploie pour la langue et la culture sont précieux et multiples. On pourrait cependant s’inquiéter qu’ils touchent surtout la quantité des expériences langagières et culturelles. La PELF reconnait et encourage l’enrichissement de la culture francophone chez les élèves de la minorité linguistique, mais souhaite insister sur la qualité des expériences vécues à l’école en ce qui a trait aux enjeux linguistiques et culturels qui façonnent la vie des francophones en contexte linguistique minoritaire au pays.

Un survol des concepts clés de la PELF

Les membres des comités qui élaborent la PELF se sont rapidement rendu compte que le rapport de l’enseignante et de l’enseignant avec le contexte linguistique et culturel doit être une partie intégrante des pratiques d’enseignement et d’apprentissage. Ce constat a fait que les éléments constituant la PELF s’adressent souvent tant au personnel enseignant qu’aux élèves.

La PELF fonde ses pratiques sur un climat de classe particulier où l’élève et l’enseignant ont le gout de s’engager en contribuant des idées et en exprimant les sentiments réels qu’ils éprouvent envers la langue et la culture francophones. Ce faisant, la salle de classe devient un milieu qui offre l'occasion de dialoguer, de prendre connaissance des réalités et du point de vue des autres et d’aiguiser son esprit critique qui servira dans les actions autodéterminées qu’on posera comme individu ayant un sentiment d’affiliation à la communauté francophone.

Parallèlement au développement de l’esprit critique qui mènera vers l’action (le prochain article de cette série portera sur la conscientisAction, directement en lien avec ce principe), la PELF repose d’abord et avant tout sur le principe où élèves et enseignants ont un sentiment d’autonomie dans les tâches qu’ils effectuent et où chacun influence le déroulement des apprentissages. Pour ce faire, la PELF propose le concept de la dynamisation, qui se veut un déclencheur de motivation intrinsèque visant à intérioriser ses intentions d’agir.

Deux autres concepts clés façonnent la PELF dans son application. L’actuElisation, comme son nom l’indique, représente le souci de travailler dans la modernité et d’habilement faire connaitre l’histoire et le patrimoine francophone dans une perspective actuelle qui touche la vie de tous les jours des élèves et du personnel enseignant. Il en va de même pour la sensification, concept qui invite à toujours considérer les activités, les projets et les discussions pour qu’ils aient du sens pour l’élève et le personnel enseignant. En fait, pour rejoindre l’individu dans ses valeurs et l’amener à s’engager face à sa communauté linguistique et culturelle, chacun doit sentir que les défis qui sont abordés sont actuels et signifiants.

La série d’articles publiés dans les prochains numéros de la revue Perspectives visera à rendre plus concret l’apport de ces concepts théoriques aux pratiques pédagogiques des écoles de langue française au Canada.

Gilberte Godin est coordonnatrice de La pédagogie à l’école de langue française à la FCE. Ronald Boudreau est le directeur des Services aux francophones de la FCE.

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