Perspectives

La dynamisation, l’étincelle de la motivation

Par Gilberte Godin
Le 31 mai 2013

Les derniers numéros de Perspectives présentaient la Pédagogie à l’école de langue française (PELF) que la FCE et ses comités ont entrepris de définir pour le contexte francophone minoritaire au Canada. Nous avons commencé à présenter les quatre concepts interreliés constituant cette définition en partant de la conscientisaction qui est, sans trop de surprise, associée à la prise de conscience et à l’action.

Nous poursuivons en introduisant la notion de « dynamisation » qui est un concept riche et fructueux découlant de l’autodétermination, une théorie associée à la réussite scolaire et au bien-être [1] et au bien-être[2] des élèves et du personnel enseignant.

La petite histoire de l’autodétermination et de son contraire

L’essence du terme « autodétermination » se dégage lorsque que l’on décortique le mot. Le préfixe « auto » indique qu’il s’agit d’un concept qui se rattache à l’individu ou à un groupe d’individus par son initiative propre ou par sa prise en charge. Le corps du terme « détermination » évoque l’idée d’une personne ou d’un groupe déterminé, résolu, qui agit par volonté, qui est tenace.

Si l’autodétermination est associée à l’éducation en contexte linguistique minoritaire pour exprimer une intention de prise en charge, c’est qu’elle a été mise en opposition à un autre concept qui pèse sur la communauté francophone et sur ses écoles, le « déterminisme social ».

Le déterminisme social est le reflet de ce que les gens vivent dans leur milieu au niveau linguistique et culturel. Par exemple, s’ils sont entourés de beaucoup de francophones, si les services et les politiques reflètent qu’ils ont le contrôle de leurs institutions (dont l’école) et si la langue française et ses variétés culturelles ont un statut social élevé, le groupe serait « déterminé » à une vitalité forte, qu’il soit minoritaire ou non[3]. Dans leur environnement linguistique et culturel, les élèves sont influencés par la force de la vitalité et l’école peut jouer un rôle important dans la perception que les élèves ont de cette vitalité. Lorsqu’on perçoit la vitalité d’une communauté linguistique comme étant forte, le désir de s’y affilier augmente.

De l’autodétermination à la dynamisation?

L’autodétermination est une ressource innée chez tous et toutes et elle demande souvent à être dynamisée dans le contexte scolaire. En effet, elle peut être nourrie ou reniée par la pédagogie en place.[4]

La dynamisation s’inscrit dans une logique de motivation qui vient de l’intérieur[5]. En contexte francophone minoritaire, la dynamisation linguistique et culturelle s’effectue lorsque certaines conditions sont en place pour satisfaire les trois sentiments psychologiques de base :

  • Le sentiment d’autonomie est satisfait lorsque la personne sent qu’elle a de véritables choix face à son environnement social.
  • Le sentiment de compétence est satisfait lorsque la personne se sent capable d’agir sur son milieu de façon efficace.
  • Le sentiment d’appartenance ou d’affiliation est satisfait lorsque la personne se sent en confiance avec un groupe en raison de relations authentiques et significatives

À sa plus simple expression, la dynamisation représente le moment où il y a étincelle. Dans le contexte d’enseignement/apprentissage francophone en situation minoritaire, cette étincelle influence la confiance en soi, le développement identitaire et l’engagement.

Le prochain article traite d’un concept qui complémente intimement la dynamisation. Il s’agit de la « sensification » qui se construit sur le sens que chacun attribue à une tâche, à un événement ou à une activité par rapport à un contexte donné.

 


[1] Reeve, J., & Halusic, M. (2009). How k-12 teachers can put self-determination theory principles into practice. Theory and Research in Education. 7, 145-154.

[2] Landry, R., Deveau, K., Losier, G. et Allard, R. (2009). Identité ethnolinguistique, autodétermination et satisfaction de vie en contexte francophone minoritaire. Francophonies d’Amérique, 28, p.47-70.

[3] Bourhis et Landry (2013). Vitalité communautaire, autonomie culturelle et bien-être des minorités linguistiques, dans Déclins et enjeux des communautés de langue anglaise du Québec (Richard Bourhis, dir.). Patrimoine canadien, pp.23-73.

[4] Reeve, J., & Halusic, M. (2009). How k-12 teachers can put self-determination theory principles into practice. Theory and Research in Education. 7, 145-154 ; Cormier, M. Cormier, M. (2011). La pédagogie en milieu francophone minoritaire. In J. Rocque (dir.) La direction d’école et le leadership en milieu francophone minoritaire, Winnipeg, Presses universitaires de Saint-Boniface, p. 287-306.

[5] Reeve, J., & Halusic, M. (2009). How k-12 teachers can put self-determination theory principles into practice. Theory and Research in Education. 7, 145-154.

Gilberte Godin est coordonnatrice du projet « La pédagogie à l’école de langue française » à la FCE.

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