Perspectives

La Pédagogie à l’école de langue française : À condition que …

Par Gilberte Godin
Le 13 juin 2014

La revue électronique Perspectives a présenté dans ses derniers numéros la Pédagogie à l’école de langue française (PELF), ce projet entrepris par la FCE et ses comités qui consiste à définir une pédagogie adaptée au contexte minoritaire des écoles de langue française au Canada et à offrir des moyens de s’approprier cette définition. Nous y avons présenté les quatre concepts de la PELF : la CONSCIENTISACTION (prendre conscience des enjeux de la francophonie et agir), la DYNAMISATION (inspirer confiance et motivation au plan langagier et culturel), la SENSIFICATION (se préoccuper de la perspective de l’apprenant ou de l’apprenante) et l’ACTUELISATION (adopter une perspective moderne et actuelle).

Nous concluons cette série d’articles avec les deux conditions essentielles à la PELF.

Deux conditions essentielles

Pour soutenir l’application des concepts de la PELF, deux conditions s’avèrent incontournables : des relations interpersonnelles saines et un partage de l’influence sur les apprentissages.

Les relations interpersonnelles

Dans le cadre de la PELF, les relations interpersonnelles saines favorisent un rapport positif à la langue française[1] et disposent les élèves et le personnel enseignant à vouloir explorer ensemble les possibilités de leur développement linguistique et culturel.

Comme l’indique le mot « interpersonnelles », c’est « entre les personnes » que doivent s’établir des relations saines en salle de classe. Des relations où chacun se sent en sécurité et prend plaisir à participer. Or, qui ne souhaite pas un tel climat?

Cette condition prend toute son importance en éducation en contexte minoritaire. Des relations interpersonnelles saines signifient en effet que le personnel enseignant et les élèves respectent et reconnaissent le parcours individuel de chacun, et qu’ils sont prêts à accueillir les sentiments rattachés au cheminement linguistique et culturel de chacun sans porter de jugement. Ce climat, où le partage des perceptions et l’humour sont les bienvenus, inspire confiance et est propice aux échanges sur le processus identitaire.

Les bienfaits

Quand la socialisation en français est une expérience positive pour les élèves, ces derniers s’engagent plus facilement dans les discussions de classe, et ultimement dans l’action. En effet, en se sentant à l’aise d’exprimer leurs idées et leurs sentiments réels envers la langue française, les élèves et le personnel enseignant sont plus susceptibles d’affirmer leur appartenance à la francophonie. La salle de classe devient alors pour eux un milieu qui offre l'occasion de dialoguer, de prendre connaissance du point de vue des autres et d’aiguiser leur esprit critique quant aux réalités sociales et politiques[2] de la francophonie et du monde.

De fait, les élèves qui ont la chance de se construire une confiance langagière et culturelle grâce à des relations interpersonnelles saines en classe pourront mieux explorer les possibilités illimitées que la francophonie leur offre.

Le partage de l’influence

La deuxième condition essentielle ne saurait se passer de la première. Le partage de l’influence sous-tend une participation active des élèves dans les décisions importantes reliées à leurs apprentissages et à leur développement identitaire. La PELF décrit ainsi cette condition : « Les élèves et le personnel enseignant ont une influence partagée sur le déroulement des apprentissages et ont un sentiment d’autonomie dans les tâches qu’ils effectuent ».

Nous avons vu que les relations interpersonnelles saines favorisent l’esprit de collaboration et de dialogue entre le personnel enseignant et les élèves. Le climat de classe où règne le partage de l’influence permet au personnel enseignant et aux élèves d’avoir leur mot à dire sur des aspects qui les touchent et qui les influencent respectivement.

Partant de la prémisse que l’identité linguistique et culturelle et les choix qui en découlent appartiennent à chacun, il devient évident qu’une personne ou un groupe de personnes ne peut imposer son point de vue aux autres dans ce domaine. Ainsi, en termes de « partage », il importe que, dans la classe en contexte francophone minoritaire, les décisions sur les apprentissages ne soient pas contrôlées par une seule personne, c’est-à-dire ni par un élève ni par un enseignant ou une enseignante, mais qu’elles permettent plutôt la diversité et la complémentarité des points de vue.

La PELF préconise que d’emblée, à l’école de langue française, on considère les élèves et le personnel enseignant comme des partenaires cheminant ensemble dans leur développement identitaire respectif et visant ensemble l’épanouissement de la communauté francophone. La PELF prévoit aussi que d’autres instances importantes contribuent à ce processus : les parents, la communauté, les leaders et associations communautaires, et, bien sûr, les autorités qui gouvernent les citoyens et citoyennes[3].

Jusqu’où s’étend cette influence?

S’il y a de plus en plus consensus sur le besoin de collaboration pour aborder l’éducation en contexte francophone minoritaire, il convient de réfléchir aux effets des pratiques telles que le partage de l’influence. Il est à prévoir que cette approche pourrait alimenter le sens du leadership des jeunes et même leur esprit fonceur.

À ce sujet, rappelons aussi que, selon l’esprit de la PELF, il importe de permettre au personnel enseignant et aux élèves des écoles de langue française d’effectuer des choix éclairés quant au développement identitaire qui leur appartient respectivement.

La PELF prévoit, dans l’application du concept nommé « conscientisaction », une prise de conscience qui permet d’aiguiser l’esprit critique et « d’agir » en toute connaissance de cause.

C’est dans cet « agir » que la notion de pouvoir d’influence se précise. Pour qu’il y ait véritablement prise en charge de l’action de la part des individus, ils doivent sentir qu’ils font leurs propres choix et agissent de leur plein gré, c’est-à-dire qu’ils sentent qu’ils ont de l’influence sur leur propre vie et en quelque sorte sur le destin de leur communauté linguistique et culturelle.

Et pour la communauté…

Si l’école de langue française peut insuffler chez les élèves et le personnel enseignant un sentiment de responsabilité et d’influence quant à leur propre cheminement linguistique et culturel, il est permis de croire qu’elle alimentera le leadership dont les communautés ont besoin pour s’assurer une vitalité forte et durable. Ultimement, c’est ce que vise à accomplir la PELF.


[1] CORMIER, M. « La pédagogie en milieu francophone minoritaire », cité dans J. Rocque, dir. La direction d’école et le leadership pédagogique en milieu francophone minoritaire, Winnipeg, Presses universitaires de Saint-Boniface, 2011, p. 287-306.

[2] LANDRY, R., R. ALLARD et K. DEVEAU. École et autonomie culturelle : Enquête pancanadienne en milieu scolaire francophone minoritaire, Nouvelles perspectives canadiennes, Ottawa, Patrimoine canadien, 2010.

[3] L’école communautaire citoyenne, FNCSF, 2011.

Gilberte Godin est coordonnatrice du projet « La pédagogie à l’école de langue française » à la FCE.

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