Perspectives

L’après-PELF

Par Ronald Boudreau
Le 27 octobre 2014

Et voilà. Le projet de Pédagogie à l’école de langue française (PELF) sur lequel la FCE travaille depuis quatre ans a été lancé le 26 septembre dernier lors du rassemblement multiréseau de l’éducation qu’organise annuellement l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF).

La PELF se veut une synthèse des recherches les plus actuelles en éducation dans le contexte minoritaire francophone canadien. En plus d’avoir mis à profit l’expertise du milieu de la recherche, ce que le processus a de particulier, c’est d’avoir ensuite donné au personnel enseignant les moyens de présenter ces résultats dans un cadre qui reflète la réalité des salles de classe de nos écoles de langue française.

C’est pour ces raisons que la PELF se dit être un mariage de la théorie et de la pratique, et un projet conçu par et pour le personnel enseignant.

La PELF s’est donné des mots. Plus d’un sourcil s’est froncé quand on a entendu parler pour la première fois d’actuelisation, de conscientisaction, de dynamisation ou de sensification1. La raison en est toute simple : il nous manquait des mots pour décrire ce que nous voulions exprimer. Nous en avons inventés ou recyclés, tout simplement. Au départ, il n’y avait aucune autre intention de le faire. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’évidence est apparue. En nous donnant notre propre vocabulaire, nous avons touché – sans le savoir – au développement d’un sentiment d’appartenance. En effet, il faudra faire partie du « club sélect » du personnel enseignant qui œuvre en contexte minoritaire francophone canadien pour connaître le véritable sens de ces mots! Il faut aussi reconnaître que nos relations interpersonnelles doivent être assez positives pour qu’on puisse oser se donner un projet de société. Et il faut aussi croire dans la valeur de se partager l’influence pour nous rendre plus forts et nous mener au succès. La PELF, c’est tout ça!

Comme pour toute nouvelle initiative, il est difficile de prévoir ce qui en adviendra. Cependant, grâce à l’appui des ministères de l’Éducation de chaque province et territoire où le français est la langue de la minorité et du Conseil des ministres de l’Éducation (Canada), plusieurs autres stratégies entourent le lancement et favorisent le succès du projet.

Entre autres, deux jours avant le lancement officiel, la FCE a eu la chance de rencontrer une personne par conseil scolaire spécialement désignée pour « porter le dossier » de la PELF. L’intention était toute simple : s’assurer que dans tous les coins du pays il y a au moins une personne qui en sait un peu plus long que les autres sur le sujet!

Si les attentes étaient peu élevées, les résultats ont été plus que satisfaisants. Le message le plus souvent entendu : la PELF appuie tout ce que nous connaissons déjà et nous permet de faire un pas de plus. C’était, de loin, le message le plus rassurant que l’on puisse entendre.

Les personnes qui ont participé à cette rencontre sont reparties avec une banque de stratégies qui pourraient être mises en place dans leurs milieux pour faire connaître la PELF et ont fait l’ébauche d’un plan de mise en œuvre. Elles ont aussi créé des liens au sein du groupe pour s’appuyer mutuellement dans le déploiement de ces activités.

Un projet de société?

L’action de la PELF se déroule indéniablement en salle de classe. La portée de la PELF est indéniablement beaucoup plus large car elle vise l’essor de la francophonie des prochaines générations. C’est la raison pour laquelle au cours de son élaboration il a été important de maintenir le cap sur l’objectif avant tout, mais de garder un journal de bord de toutes les autres interventions qui devront prendre place pour que la PELF sorte de son cadre et s’insère dans un véritable projet de société.

Au fil des rencontres et des échanges, les actions et les groupes suivants ont été ciblés comme priorités d’intervention :

Une formation à l’intention des directions d’école

Il importe de collaborer avec les directions d’école et d’élaborer avec elles un moyen qui leur permettra d’appuyer concrètement le personnel et les élèves dans leur cheminement identitaire.

Une collaboration étroite avec les parents

Tout changement à l’école doit se faire dans un esprit de collaboration avec les parents. Un virage pédagogique important ayant pour toile de fond le projet de faire société en français se doit d’être bien préparé. Il importe donc de travailler étroitement avec ce groupe important pour planifier des outils qui répondent à leurs besoins.

Des outils à l’intention des leaders et des agents communautaires

Une des priorités de l’action communautaire est l’engagement des jeunes. Pour que les leaders et agents communautaires aient un écho, il est fondamental qu’ils comprennent bien la PELF et soient réceptifs au changement de paradigme qu’elle propose. Il importe aussi de travailler en conjonction avec ces personnes afin de concevoir des outils qui serviront leurs intentions et leurs contextes d’apprentissage.

Des outils pour favoriser le dialogue avec les jeunes

Comme l’école est un milieu de vie sociale important, il devient essentiel que les jeunes eux-mêmes soient conscients des transformations proposées par un projet pédagogique propre à la communauté francophone.

Une formation pour les conceptrices et concepteurs de programmes des ministères

Les programmes d’études sont les principales sources de référence du personnel enseignant et il importe qu’ils outillent le personnel enseignant avec les meilleures pistes pour intervenir auprès des élèves.

Une démarche à l’intention des responsables de la formation initiale et continue

Pour rejoindre efficacement les centres de formation en éducation, il importe de songer à un guide convivial destiné aux institutions de formation pour bien préparer le personnel enseignant de demain et pour outiller celui qui œuvre dans nos écoles aujourd’hui.

Un encadrement du réseau d’animateurs et d’animatrices communautaires

L’action du personnel en animation communautaire varie beaucoup d’une région à l’autre du pays. Par exemple, l’étude sur l’appropriation culturelle des jeunes2 démontre le potentiel de l’animation culturelle lorsqu’elle est bien encadrée. Une stratégie nationale en lien avec la pédagogie et mettant à profit les expériences les plus concluantes permettrait de rehausser la pertinence de ces services.

Développer des liens avec le secteur de la petite enfance

Le secteur de la petite enfance est le milieu par excellence pour le développement du langage et d’un premier sens d’affiliation communautaire. Il faudra donc saisir les occasions qui se présenteront pour élaborer des outils propres à favoriser des interventions efficaces dans ce contexte.

Prédire l’avenir

La PELF est ce qu’elle préconise. Autant elle veut animer la confiance en soi des élèves, autant elle dépend de notre habileté à NOUS faire confiance. La Francophonie est souvent dure avec elle-même et fait plus facilement confiance à ce qui vient d’ailleurs qu’à ce qu’elle a créé. Le monde de l’éducation est inondé de modes, de tendances, de nouveaux « buzzwords », et l’éducation en français ne fait pas exception! La PELF devra s’insérer dans ce monde en constante évolution et sa force principale réside dans le fait qu’elle est née de la recherche de nos chercheurs et de nos chercheuses et du sens pratique de nos enseignantes et de nos enseignants des milieux minoritaires francophones. Faisons le vœu que nous nous ferons suffisamment confiance à nous-mêmes pour lui donner la place qui lui revient.


1 Il s’agit des concepts-clés de la PELF qui ont été décrits dans les numéros précédents de Perspectives.
2 L’appropriation culturelle des jeunes à l’école secondaire francophone en milieu minoritaire, FCE, 2009.

Ronald Boudreau est le directeur des Services aux francophones de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants.

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Le magazine Web Perspectives est publié par la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE), une alliance nationale d’organisations provinciales et territoriales qui représentent plus de 238 000 enseignantes et enseignants des écoles élémentaires et secondaires au Canada.

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