Perspectives

Le Projet outre-mer 2014 en Ouganda : Un défi, un changement, une expérience inoubliable

Par Angela Marr
Le 27 octobre 2014

 

« Mme Marr, qu’est-ce que vous allez faire en Ouganda cet été? » Cette question, c’est un garçon de 11 ans, les yeux ronds, qui me l’a posée le plus sincèrement du monde. Il était fasciné par le fait que j’allais passer la moitié de mon été en Afrique; il m’imaginait peut-être à dos d’éléphant ou à la chasse aux zèbres. Mais sa question, directe, était sans prétention. Je lui ai répondu simplement : « Je m’en vais enseigner à des enseignants. » Il a semblé un peu déçu, mais il a quand même accepté ma réponse. Lorsque mes collègues, les membres de ma famille, mes amis et mes coéquipiers et coéquipières m’ont posé la même question, je leur ai répondu à peu près la même chose : « En tant que membre d’une équipe de quatre enseignantes et enseignants du Canada, j’animerai, en compagnie de quatre coïnstructrices et coïnstructeurs ougandais, des ateliers de perfectionnement professionnel sur la littératie, la numératie, la gestion de classe, l’éducation physique et les aptitudes à la vie quotidienne à l’intention de 160 enseignantes et enseignants ougandais. » J’étais loin de me douter que ces réponses maintes fois répétées ne décrivaient qu’une fraction de ce qu’allait être mon séjour en Ouganda. En tant que membre de l’équipe Ouganda-Bugosa du Projet outre-mer, je m’apprêtais à vivre un été pas comme les autres! J’ai relevé des défis. J’ai changé. Je chérirai le souvenir de cette expérience toute ma vie.

Le défi

(texte anglais) Because we are, the Nation is. Teachers
[Traduction libre] « Les enseignants et
enseignantes, piliers de la nation! »

Le Projet outre-mer m’a ouvert les yeux sur les conditions de travail des enseignantes et enseignants dans les pays en développement. Il m’a obligée à revenir sur terre et à voir mon environnement physique de travail sous un nouveau jour. J’ai été mise au défi d’arrêter de me plaindre et, si j’ose dire, de me lamenter à propos de mes ressources pédagogiques. Après avoir enseigné dans des classes ougandaises austères, équipées seulement de pupitres, de chaises et de tableaux noirs, sans craie, comment pourrais-je ressentir autre chose que de la gratitude pour la classe remplie de ressources dans laquelle j’enseignais l’an dernier à l’école Princess Elizabeth ou pour le beau bureau ensoleillé que j’occupe à l’école Rothesay Park? Comment puis-je maugréer contre ma charge de travail quand je sais que mes collègues ougandais peuvent avoir jusqu’à 150 élèves dans des classes pas plus grandes que la mienne? Je pensais naïvement que mes plus grands défis allaient être la chaleur, les moustiques, le changement d’alimentation et la fatigue. Je me trompais complètement! Le vrai défi a été de me rendre compte de toute la chance que j’ai d’enseigner au Nouveau-Brunswick.

Le changement

Pendant la cérémonie d’ouverture de notre semaine de formation, notre chef d’équipe a prononcé un discours dans lequel elle a déclaré : « Sans défi, il n’y a pas de changement. » Elle invitait ainsi les participantes et participants à être ouverts à l’enseignement, à se laisser imprégner par cette expérience et à être prêts à changer. Le sens de ces mots d’encouragement est devenu incroyablement concret. Avant le Projet outre-mer, je n’aurais pas pu m’imaginer en train d’animer une séance de perfectionnement professionnel avec seulement quatre marqueurs de couleur et cinq feuilles accrochées à un tableau-papier, sans parler de l’absence d’accès à Internet et de documents de cours, et du manque occasionnel d’électricité. Je sais maintenant que cela également faisait partie du défi. Le premier matin, comme les participantes et participants arrivaient, je me suis sentie presque gênée par le manque d’éclat et de piquant de mon atelier. Ma coïnstructrice ougandaise, Beatrice, a dû se rendre compte de mon embarras, car après les présentations, elle a dévié du plan de leçon et entrainé les participantes et participants dans une chanson matinale rythmée. Ils ont chanté, dansé et ri, et m’ont accueillie parmi eux. En cinq minutes, j’étais transformée. En regardant cet auditoire captivé, composé d’adultes impatients d’apprendre et prêts à s’imprégner de chaque idée, mot, compétence et stratégie que j’allais leur transmettre, je me suis dit : « C’est ça! » C’est grâce aux relations et à la volonté de changer que le perfectionnement professionnel peut avoir véritablement lieu.

Une expérience inoubliable

Photo de groupe


Le Projet outre-mer m’a permis de vivre cette expérience avec des coéquipiers et coéquipières du Canada à qui je me suis beaucoup attachée. Nous venions de différentes régions du pays. Nous sommes arrivés avec des compétences et des talents différents, ainsi qu’avec une expérience de l’enseignement extrêmement diversifiée. Le Projet outre-mer m’a en outre permis de nouer des relations profondes et durables avec mes coïnstructrices et coïnstructeurs ougandais. Il m’a donné la possibilité de visiter un pays pour moi inconnu et de m’immerger dans son système d’éducation. J’ai visité des écoles rurales et passé du temps avec les élèves des enseignantes et enseignants qui suivaient la formation. Ces visites très spéciales m’ont donné un aperçu du travail quotidien de nos participantes et participants, et m’ont permis de mieux comprendre les problèmes dont ils nous ont fait part et les questions qu’ils nous ont posées. L’un de mes plus beaux souvenirs sera sans aucun doute les moments où je me suis discrètement éclipsée de la salle de classe pour aller lire sur l’herbe avec les enfants des participantes et participants pendant que mes coéquipiers et coéquipières animaient les séances. Mais le souvenir que je chérirai particulièrement, et de loin, est la reconnaissance que j’ai ressentie jour après jour. J’avais l’impression que ce que je faisais était bien peu, mais l’extraordinaire gratitude manifestée par les participantes et participants a été à la fois une belle leçon d’humilité et une expérience extraordinaire. Je suis reconnaissante à la NBTA et à la FCE de m’avoir envoyée en Ouganda. Tous les enseignants et enseignantes en excellente santé qui possèdent au moins cinq ans d’expérience devraient songer à participer au Projet outre-mer. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai chanté, j’ai dansé, j’ai enseigné et j’ai appris. Les 30 jours que j’ai passés en Ouganda dans le cadre du Projet outre-mer ont changé à jamais la voyageuse, l’éducatrice et la professionnelle que je suis!

Angela Marr est membre de la New Brunswick Teachers’ Association. Elle est actuellement directrice adjointe à la Rothesay Park School à Rothesay (Nouveau-Brunswick), où elle enseigne également l’anglais langue première en 6e et 7e année. Lors de sa préparation au Projet outre-mer, Angela enseignait en 6e année à la Princess Elizabeth School, à Saint John (Nouveau-Brunswick).

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