Perspectives

La crise d’Ebola en Afrique : Ce que les enseignantes et enseignants canadiens font pour aider

Par Alex Davidson
Le 6 mars 2015

Projet outre-mer — Sierra Leone, 2014

En général, les récits sur le travail de coopération au développement mené par des enseignantes et enseignants canadiens sous la bannière du Programme international sont plutôt positifs et soulignent l’enrichissement mutuel qu’assure l’expérience aussi bien pour les bénévoles canadiens des organisations Membres de la FCE que pour leurs collègues dans différentes parties du monde.

Mais ce récit porte sur Ebola. Impossible, par conséquent, de passer sous silence certains des aspects plus durs, plus décourageants de la coopération au développement. En même temps, ce récit très humain ne parle pas que de la peur, de l’isolement, de la mort et de la peine. Il parle aussi de la force, du courage, de la compassion et de la solidarité.

Dans les pays du Nord, le mot Ebola engendre souvent une peur du genre de celles qui fait fermer les portes. « Ne laissez pas le virus entrer ici! » Même si le risque qu’Ebola s’installe en Amérique du Nord est minime (en raison de la méthode de transmission, de nos puissants systèmes de communication et de notre solide système médical), la peur prend le dessus. Peut-être est-ce là une réaction instinctive qui découle d’un réflexe de survie primaire. Quoi qu’il en soit, elle transforme les victimes en menaces et paralyse les élans habituels de soutien que font naitre les catastrophes. Au lieu de soutenir la région attaquée, les compagnies aériennes suppriment les vols, les navires évitent les ports…

Le Projet outre-mer de 2015 est lancé!

Cette année, 57 enseignants et enseignantes de 15 organisations Membres de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants se joindront à 13 équipes dans 11 pays. Malheureusement, la crise d’Ebola a fait qu’il est impossible d’envoyer une équipe en Sierra Leone pour continuer de soutenir notre projet là-bas. Nous espérons y retourner dès 2016.

La maladie à virus Ebola passe le plus souvent pour une maladie horrible, une perception renforcée par des nouvelles qui se concentrent sur les cas confirmés (ou non) et le nombre de morts. Mais ce n’est pas seulement une maladie qui prend des vies. Elle engourdit et isole aussi les pays. Elle séquestre les communautés et met les gens en quarantaine. Elle empêche la distribution des marchandises, paralyse le commerce, transforme des rites sacrés en tabous et démolit les faibles systèmes médicaux qui tentent de la combattre.

Dans les trois pays infectés, les écoles sont fermées depuis septembre 2014. Vous qui enseignez, vous vous doutez de ce que cette fermeture a comme conséquences.

En octobre dernier, les enseignants et enseignantes de partout au Canada qui avaient dirigé les 13 équipes du Projet outre-mer durant l’été 2014 se sont réunis à Ottawa pour faire un bilan. Leurs expériences de l’été leur avaient suggéré une autre façon de voir la crise Ebola. Ils étaient nombreux à avoir des connaissances en Afrique de l’Ouest et Michael Beetham, membre de la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO), qui venait de revenir de Sierra Leone où il avait dirigé une équipe, correspondait avec de nombreuses personnes du village de Songo.

Michael nous a parlé de l’extraordinaire gratitude que lui ont value ses gestes et qui, à prime abord, lui avait paru vraiment disproportionnée. Après tout, il s’était contenté d’adresser quelques mots à des gens dans un village au désespoir. La réalité est qu’il a été l’un des rares à le faire. « Le seul fait pour eux de savoir que nous nous soucions d’eux fait toute la différence, nous a expliqué Michael. Ils sont isolés et ont besoin de savoir que d’autres sont avec eux. » La discussion s’est poursuivie sur la nécessité pour les Canadiens et Canadiennes de montrer qu’ils ne sont pas insensibles au sort de ces régions. Même sans être médecins, les enseignants et enseignantes du groupe se sont dit que nous pouvions tous faire quelque chose pour atténuer les effets d’Ebola. Et de là nous avons effectivement décidé de mener certaines actions.

En Ontario, une marche a été organisée dans les rues de Toronto. En plus d’attirer l’attention des médias, cette marche a envoyé aux enseignantes et enseignants des pays africains le message que leurs collègues du Canada les appuyaient. Avec l’aide de nombreuses organisations Membres de la FCE et, en particulier, de la FEEO, nous avons pu accroitre la sensibilisation et recueillir des dons d’argent. Les fidéicommissaires de la FCE, même avant la réunion du Projet outre-mer, avaient à l’unanimité et sans hésitation mis de côté des fonds pour la crise d’Ebola. Toutes les organisations Membres de la FCE ont participé. Et, la sensibilisation aidant, nous avons reçu plus de fonds que prévu.

Le point sur Ebola

Tandis que Perspectives est sur le point de paraitre, la crise d’Ebola s’est résorbée au point que, dans les trois pays affectés, il est prévu que les écoles rouvriront leurs portes d’ici la fin mars. Cette réouverture, qui rassemblera à nouveau de grands groupes de personnes, dont des enfants (et des enseignants et enseignantes) traumatisés, va certainement apporter son lot de difficultés. Le Sierra Leone Teachers’ Union (SLTU), avec le soutien de la FCE, lancera un programme de formation à l’intention de ses membres, pour lequel il profitera de la formation déjà donnée aux animatrices et animateurs chargés du perfectionnement professionnel dans le cadre du projet Peaceful Gender-Friendly Learning Project soutenu par la FCE.

L’interruption de nombreuses activités économiques, dont l’agriculture, pendant l’éclosion d’Ebola, a exacerbé la précarité de la population de Sierra Leone qui, dans sa majorité, vit avec moins de deux dollars américains par jour. Par conséquent, avec l’appui de la FCE, le SLTU viendra en aide aux victimes d’Ebola, en particulier les enfants orphelins, pour qu’ils puissent poursuivre leur éducation.

Nous essayons aussi d’organiser la poursuite de notre aide au Libéria et à la Guinée par l’intermédiaire de leurs syndicats de l’enseignement.

Par l’intermédiaire de ses partenariats avec les syndicats de l’enseignement des pays affectés, la FCE appuie financièrement des projets de lutte contre Ebola. Administrés par des organisations de l’enseignement, ces projets permettent d’apporter de la nourriture et des produits hygiéniques aux familles d’enseignantes et enseignants et de travailleurs et travailleuses de l’éducation dans les villages isolés. Les organisations de l’enseignement ont mis à profit leurs réseaux de communication et leurs liens avec les enseignants et enseignantes du pays, et travaillent en partenariat avec le gouvernement et les ONG pour surveiller la progression de la maladie et repérer les nouveaux cas. Des émissions éducatives sur la propagation de la maladie et la manière de la contenir sont diffusées à la radio et des missions d’information sont organisées dans les régions rurales.

Le soutien financier de la FCE fait l’objet d’une surveillance étroite afin que les montants ne dépassent pas la capacité de mettre les programmes en œuvre. Cependant, il faudra beaucoup de temps avant que les pays affectés n’aient plus besoin de cette aide. Quand la maladie aura disparu, il y aura beaucoup à faire pour que les écoles puissent redémarrer, que les orphelins soient pris en charge et que les enseignants et enseignantes et leurs élèves traumatisés reçoivent le soutien dont ils ont besoin.

Plus encore que l’argent, ce qui compte est l’expérience du soutien mutuel et le sentiment de rapprochement entre les êtres. Les actions des organisations de l’enseignement outre-mer, appuyées par les enseignants et enseignantes du Canada et leurs organisations, ont un impact. Nos collègues d’Afrique et leurs proches savent qu’ils ne sont pas seuls. Quand ils reçoivent des fournitures ou entendent des messages de sensibilisation, ils voient que d’autres, dans leur pays et à l’étranger, sont là pour venir en aide aux victimes de la maladie, qu’elles aient ou non contracté le virus.

Plus sur le Programme international de la FCE…

Alex Davidson est agent du Programme international à la FCE. Il coordonne le Projet outre-mer.

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Le magazine Web Perspectives est publié par la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE), une alliance nationale d’organisations provinciales et territoriales qui représentent plus de 238 000 enseignantes et enseignants des écoles élémentaires et secondaires au Canada.

Rédactrice en chef : Francine Filion | Traduction et révision : Marie‑Caroline Uhel et Marie‑Hélène Larrue
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