Perspectives

Simplifier sa relation avec la langue et la culture à l’école de langue française, c’est possible!

Par Sara Lafrance
Le 23 mars 2018
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Dans son article « Les enseignants au Canada : une vaste profession sous pression »(2012), Maurice Tardif termine par une simple question qui résume bien ce que pensent de nombreux enseignantes et enseignants au pays : « Cette longue litanie d’exigences auxquelles le personnel enseignant doit faire face [fait-elle] de l’enseignement un métier impossible (…) pour ceux et celles qui tentent de les réaliser? »

En plus de la charge de travail en constante mouvance dont fait état l’article de Maurice Tardif qui pointe du doigt notamment l’expansion des connaissances, l’évolution technologique et la transformation de la famille, on note aussi l’apparition d’autres problématiques telles que le non-respect du nombre maximal d’élèves par classe (The Alberta Teachers’ Association, 2018) ou l’accroissement de la violence en salle de classe (voir les données publiées en 2018 par la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario). Voilà pour les difficultés auxquelles se heurtent généralement les enseignantes et enseignants en général, mais que se passe-t-il en plus dans le monde de l’enseignement francophone en milieu minoritaire?

Maurice Tardif, en étudiant la situation socioprofessionnelle des enseignantes et enseignants au Canada, ne s’est pas attardé aux particularités du contexte minoritaire francophone. Pourtant, nous savons, selon les sondages menés par la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE) en 2004 et en 2014, qu’en plus de devoir composer avec les mêmes difficultés que ses homologues anglophones, le personnel enseignant francophone en milieu minoritaire doit mener à bien un autre mandat, celui du développement langagier et identitaire de ses élèves. Cette tâche exige une réflexion constante de la part de l’enseignante ou enseignant en raison de l’hétérogénéité des expériences culturelles et linguistiques des élèves, réflexion qui, à long terme, peut contribuer à l’épuisement mental du personnel enseignant.

Laissons de côté un instant ces réflexions quelque peu sombres pour réfléchir à la valeur de la langue française en tant qu’instrument de transmission culturelle. Rappelons que, bien souvent, dans l’esprit des gens, la langue et la culture ne font qu’un. En lisant un court article de Claire Merleau-Ponty (2010) qui expliquait les nouveaux modes de médiation culturelle dans les musées et les problèmes qu’ils peuvent poser, je me suis surprise à comparer notre situation à celle des musées :

La transmission dans le sens premier du terme consiste à remettre à la génération suivante des éléments culturels. La nature des éléments transmis détermine la transmission elle-même; en effet, chaque type d’élément transmis pose des problèmes spécifiques :

  • le patrimoine matériel : les collections d’objets et d’œuvres, témoins de la création artistique et de la culture matérielle, posent des problèmes de conservation et d’information;
  • le patrimoine immatériel : savoir-faire, coutumes et littérature orale, posent des problèmes de mémoire et de restitution;
  • le patrimoine scientifique : les connaissances, posent des problèmes de vulgarisation et d’explications[1].

On peut voir un certain parallèle entre la transmission de la culture dans le contexte des musées et cette transmission dans la communauté francophone. Dans les deux cas, si la transmission ne s’opère pas, la culture est vouée à disparaître. Ce qui semble poser un problème en milieu minoritaire n’est pas tant la langue à proprement parler que la transmission de la culture. Nos jeunes apprennent le français à l’école en suivant des cours dans les matières scolaires proposées par les ministères de l’Éducation des provinces et territoires. Ils sont généralement compétents dans les deux langues et les conseils et commissions scolaires le savent très bien, puisqu’ils promeuvent l’école française comme lieu de bilinguisation et donc de meilleure préparation au marché du travail.

Les recherches menées par la FCE dans le cadre du projet « Apprendre sa communauté » nous signalent cependant que les cours d’art ont de moins en moins de place à l’école et que les jeunes ont donc moins d’occasions d’être exposés à la culture par cette voie. Parallèlement, les programmes scolaires pour les matières non artistiques ont de moins en moins de résultats d’apprentissage axés sur la culture et la communauté francophones. Se pose donc à nous, enseignantes et enseignants francophones en milieu minoritaire, le problème de mémoire et de restitution soulevé par Claire Merleau-Ponty.

Le type de patrimoine le plus facile à transmettre pour le personnel enseignant est le patrimoine scientifique dont la transmission passe par la vulgarisation et l’explication. Tout le système scolaire est bâti autour de ce type d’information.

Alors pour en revenir au patrimoine immatériel qu’est la culture, que faire pour en permettre une meilleure transmission? Depuis déjà quelques années, la FCE propose sa Pédagogie à l’école de langue française (PELF) pour aider le personnel enseignant en milieu minoritaire à mieux soutenir les jeunes dans leur développement identitaire. En concevant cette pédagogie et les outils qui l’accompagnent, la FCE espérait apporter un soulagement au personnel enseignant dans sa tâche quotidienne et simplifier sa réflexion. En effet, la PELF se veut une réponse au souci d’assurer le succès à la fois scolaire et identitaire des élèves, sans pour autant alourdir la planification de la classe au quotidien. La PELF s’intègre facilement dans la salle de classe en raison des nombreux liens qu’elle permet avec des ressources existantes comme l’Approche culturelle de l’enseignement, la Trousse du passeur culturel et la Banque d’activités pédagogiques (ACELF).

La FCE organisera en juillet 2018 une formation sur la PELF qui aura lieu à Saint-Pierre et Miquelon pour le personnel enseignant en milieu minoritaire francophone du Canada. N’hésitez pas à contacter votre conseil ou commission scolaire pour en savoir plus. Vous repartirez de Saint-Pierre avec un bagage d’outils pédagogiques qui vous permettront d’envisager votre enseignement en milieu minoritaire avec enthousiasme et sérénité.



[1] Claire Merleau-Ponty, « La transmission culturelle, nouveaux modes de médiation », Actes, Bibliothèque Nationale de France, 2010, p. 1. [En ligne]. [http://classes.bnf.fr/rendezvous/actes/7/ponty.pdf].


Sara Lafrance est directrice par intérim du Programme pour la francophonie de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants jusqu’à la fin de mars 2018.

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Le magazine Web Perspectives est publié par la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE), une alliance nationale d’organisations provinciales et territoriales qui représentent plus de 238 000 enseignantes et enseignants des écoles élémentaires et secondaires au Canada.

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